MARC  LABOURET

EXTRAITS DU DICTIONNAIRE

Deux rubriques pour mettre l'eau à la bouche

ALCHIMIE, ALCHIMISTES

Une science secrète aurait su dès le Moyen âge transformer la matière et créer la Pierre philosophale, dont les vertus vont de la transformation des métaux en or à la médication universelle, voire la vie éternelle. Les alchimistes auraient dissimulé leur savoir dans le décor des cathédrales* et des châteaux.

 Le mot alchimie a désigné toutes les recherches sur la nature de la matière et ses transformations. Il est synonyme de chimie jusqu'à ce que celle-ci parvienne, au XVIIIe siècle, à se détacher des présupposés métaphysiques qui empêchaient l'alchimie de devenir une science.

Venue des Arabes à partir de la fin du XIIe siècle, l'alchimie a fait progresser les techniques, que ce soit celle de l'alliage de différents métaux ou celle de la distillation (les mots alambic et alcool viennent de l'arabe). Dans leurs tentatives de plus en plus délirantes d'expliquer la nature de la matière, les alchimistes ont conçu de vastes systèmes de correspondance, où se mêlent le surnaturel, les astres et les éléments. Dans ce grand fourre-tout symbolique, en dernier ressort, l'impossible transmutation des métaux devient la métaphore de la transformation morale de l'homme. C'est dire qu'on peut tout trouver dans l'alchimie, surtout ce qu'on y cherche.

 La grande fortune des acrobaties intellectuelles alchimistes commence à la fin du XVIe siècle. C'est alors que des faussaires publient des traités en les signant de grands noms de la pensée médiévale. Le Testament de l'art chimique universel, imputé à Lulle (théologien catalan, mort en 1315), est publié en 1566. Le Livre des secrets d'Albert le Grand sur les vertus des herbes, des pierres et de certains animaux est écrit vers 1580 (le théologien et naturaliste allemand était mort en 1280). Le Livre des figures hiéroglyphiques attribué à Nicolas Flamel (libraire parisien, mort en 1418), paraît en 1612. Leurs carrières d'alchimistes commencent, qu'ils auraient décriées de leur vivant. Il faut admettre à la gloire de l'alchimie que peu de domaines ont opéré tant de résurrections et de métamorphoses.

 La référence à l'alchimie, par ses reflets d'or et d'éternité, donne des lettres de noblesse à toute élucubration qui se prétend « traditionnelle ». A la fin du XIXe siècle, Oswald Wirth s'efforce de rapprocher la symbolique maçonnique et la symbolique alchimique. Cette tentative de récupération va jusqu'à considérer que le tablier maçonnique doit être pentagonal parce que ce serait la forme du creuset alchimique, l'athanor. En 1926, Fulcanelli* publie des interprétations alchimiques des cathédrales de Paris et de Reims. Il n'y aurait rien d'impossible à ce que les imagiers gothiques se soient inspirés des proto-sciences de leur temps. Mais ses interprétations sont pour le moins abusives, surtout pour Notre-Dame de Paris où elles se fondent sur des bas-reliefs dûs à Viollet-le-Duc.

Enfin, il convient d'écarter résolument toute référence à l'alchimie dans l'explication de monuments romans, antérieurs à l'introduction de l'alchimie en occident.

 On doit vraiment aux alchimistes, entre autres chefs d'œuvre, l'armagnac, le whisky et autres produits de l'alambic ; ce n'est déjà pas si mal.

 

HOSKIN (Cyril Henry), 1910-1981.

 Cyril Hoskin est l'auteur génial d'une magnifique imposture, qui a marqué le développement du zozotérisme au XXe siècle. Sans connaître le Tibet ni le tibétain, nourri seulement de lectures superficielles sur le bouddhisme lamaïque, il a écrit un livre au succès mondial : le Troisième œil. C'est l'autobiographie fictive de Lobsang Rampa, un lama tibétain aux pouvoirs spirituels ou parapsychiques (pour ce que cela veut dire). Le livre a séduit des millions de lecteurs et nourri les prémices du New age*.

 Il n'y aurait pas lieu de critiquer l'ouvrage, qui peut se lire avec plaisir, ni ses suites abracadabrantesques où apparaissent aussi bien les extraterrestres* que la télépathie avec un chat, si Cyril Hoskin n'avait, toute sa vie, affirmé en dépit du bon sens l'authenticité des récits : ne pouvant nier en être le rédacteur, il prétendit que l'esprit de Lobsang Rampa avait transmigré dans son corps.

 C'est ainsi qu'au lieu d'avoir été un romancier respectable, ou un aimable plaisantin, Cyril Hoskin figure parmi les grands escrocs du prétendu ésotérisme.

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